La fameuse « drop »


L’inclinaison, souvent mieux connue sous le terme anglophone de « drop » de la chaussure, est une donnée qui peut s’avérer importante lorsque vient le temps de se chausser pour la course à pied.  Ne pas confondre l’inclinaison et l’épaisseur de la semelle qui a pour but la protection du pied et l’absorption du choc par la diffusion de l’impact et l’accumulation d’énergie.

La « drop » est la mesure en millimètres de la différence entre l’épaisseur de la semelle sous le talon et l’épaisseur de la semelle sous l’avant du pied. Cette mesure inclut généralement les crampons, car ils ne sont pas toujours de la même hauteur à l’avant et à l’arrière du pied.  Cette donnée technique ne s’évalue pas à l’œil nu.  La partie visible de la semelle étant souvent plus haute que l’endroit où le pied est « assis » dans la chaussure.

Y a-t-il une inclinaison meilleure qu’une autre?  Une vraie bonne question.  Vous vous doutez bien que la réponse n’est pas si simple!

Après 8 ans de course, à raison de 3 ou 4 sorties de 30 minutes par semaine, je me suis lancé le défi de compléter un premier marathon.  Dans cette aventure, j’allais me fier à un entraîneur qualifié et mettre religieusement en pratique chacun de ses conseils.  J’étais une coureuse bruyante, qui avait un pas de course s’apparentant beaucoup à la marche, attaquant chaque foulée le talon bien pointé devant moi comme dans une publicité Nike Air Jordan de 1980!  Il y avait du travail à faire et un changement de chaussure seul n’allait pas corriger ma technique.  Mon entraîneur m’a donc volé mes chaussures (de belles pantoufles bien absorbantes) pour me faire courir sur le gazon à l’intérieur d’une piste d’athlétisme de 400 mètres.  Au premier tour je ne pouvais m’enlever de la tête les toiles d’araignées humides de rosée que mes orteils ramassaient.  Je m’efforçais d’avoir un contact au sol le plus court possible.  Aux deuxième et troisième tours, déjà il me semblait que le sol était moins hostile, plus accueillant.  Au quatrième tour j’ai accéléré graduellement jusqu’à finir dans un sprint, à bout de souffle.   Cette sensation de liberté, la légèreté et le silence des pieds au contact rapide sur l’herbe…  Voilà!  Il me fallait retrouver cette aisance dans mes chaussures, peu importe la chaussure.  Mais…

Revenons en arrière.  Très loin en arrière.  Nos ancêtres n’avaient pas de souliers.  Donc, une inclinaison de zéro millimètre et aucune absorption artificielle.  Nous pourrions considérer cela comme la forme la plus naturelle de course.  L’absorption du choc par les tendons et muscles se faisant instinctivement de manière efficace à travers une bon patron de course.

Beaucoup plus tard dans l’histoire de l’humanité, soit dans la deuxième moitié du siècle dernier, les technologies se sont multipliées dans la chaussure de course pour apporter support et absorption ainsi qu’une inclinaison plus ou moins accentuée favorisant la propulsion.

DONC qu’est-ce qui est mieux?

Après avoir conseillé des milliers de clients à la boutique, nous observons qu’il s’agit souvent d’une question de préférence personnelle.  La liberté d’une chaussure légère sans restriction est un plaisir pour certains tandis que l’enveloppement coussiné du pied est rassurant et de tout confort pour d’autres. 

Il y a toujours des exceptions, mais voici ce que nous observons en boutique.

Les jeunes coureurs et les coureurs plus expérimentés qui travaillent régulièrement les intervalles de vitesse préfèrent un soulier plus minimaliste ou une chaussure extra légère appelée « racer ». 

Nous voyons aussi plus souvent les coureurs qui débutent, les coureurs plus âgés et les coureurs amateurs de longue distance préférer une chaussure plus confortable.

La technique d’un coureur entraîné aux intervalles rapides aura tendance à être plus légère, puissante et l’impact se fera naturellement sous son centre de gravité. 

Parenthèse de technique de course

« Le point de contact au sol n’est pas toujours le point d’impact. »

Contact : lorsque le pied (talon, mi-pied, avant du pied) touche le sol.

Impact :  lorsque l’énergie accumulée dans les muscles et tendons est restituée dans le corps par le sol et la chaussure pour créer le rebond qui propulse le coureur.

Par exemple, un talon doux peut être le point de contact, mais ce qui importe est d’être sur la mi-pied ou l’avant du pied au moment de l’impact pour utiliser les ressorts et les élastiques du corps plutôt que le squelette comme moyen d’absorption de choc.

Jean-François Harvey, auteur du livre Courir Mieux

 

Régulièrement, nous filmons les coureurs lors des analyses de technique de course.  Il arrive souvent que le coureur croit qu’il atterri sur l’avant du pied alors qu’en réalité son talon touche en premier.  Suite aux observations de ces films rejoués au ralenti leur talon touche au sol en premier (point de contact), mais doucement, comme un avion qui se dépose délicatement au sol (figure 2).  Comme le mentionne Jean-François Harvey, un contact « talon doux » n’est pas fatal.  Tant que le retour de force du sol (impact) se fait sous le centre de gravité du coureur, cette technique s’avère même efficace et plus naturelle pour certains coureurs.

Même si une chaussure ayant une « drop » basse (0 à 6 mm) vient généralement sous la forme d’une chaussure légère ayant une semelle assez mince, il arrive que l’inclinaison soit minime dans une chaussure coussinée.  L’inverse est aussi vrai.  Une chaussure ayant une inclinaison dite traditionnelle (8-13 mm) sera plus souvent absorbante et très structurée, mais il arrive qu’une chaussure ayant une semelle mince et une grande flexibilité soit d’inclinaison traditionnelle. 

Comment s’y retrouver?  Certaines marques l’indiquent dans la chaussure (Saucony l’écrit sur la semelle intérieure 0, 4 ou 8 mm), la plupart des compagnies se contentent de fiches techniques dans les catalogues remis aux acheteurs des magasins de sport.  Nos conseillers spécialistes étudient ces données et savent pratiquement toutes les « drops » par cœur, ce qui nous permet de mieux vous orienter.

La vraie question à se poser est : quelle est la meilleure « drop » pour VOUS?

Il a été démontré que courir pieds nus ou avec des chaussures ne présentant pas d’amorti permettait de réduire les impacts au sol.  Ce phénomène s’expliquerait par une altération de la technique de course, c’est-à-dire que les coureurs poseraient le pied au sol de manière différente, de manière à amortir le choc le plus efficacement possible.  L’amorti d’une chaussure de course peut réduire les blessures en prenant une partie du choc causé par l’impact de la course, mais il faut se souvenir que le corps réagit et s’adapte en fonction des stimuli mécaniques externes.  Si un amorti de chaussure est trop important, votre corps ne sentira pas l’impact, aucune adaptation musculaire se fera.  Ainsi, il pourrait en résulter une mauvaise posture et un mauvais tonus musculaire qui conduirait aux blessures.

Les observations mécaniques d’un mouvement de course efficace dans une chaussure ayant une faible inclinaison permettent de constater que la flexibilité du mollet et de ses tendons est importante, ainsi que le tonus des muscles de cette région.  La chaussure d’inclinaison basse demande un mouvement plus ample et complet de l’arrière de la région podale, ce qui veut dire qu’un coureur peu flexible ou ayant l’habitude des chaussures traditionnelles, devra prendre le temps de s’adapter à une chaussure plus minimaliste.  La plupart des blessures résultent d’une transition trop rapide vers un nouveau type de chaussure, ne laissant pas au corps le temps de créer les adaptations nécessaires. 

En résumé, la meilleure « drop » pour vous dépend de vos objectifs, vos paramètres physiques personnels (flexibilité, poids, tonus, etc.)  et votre disposition à prendre le temps de travailler votre technique de course.  Si vous priorisez la performance, une amélioration continue de technique ainsi qu’une chaussure plus minimaliste peut aider.  Si vous êtes blessé souvent ou que votre foulée est lourde et votre attaque fortement portée sur la pointe du talon, il serait idéal de prioriser le travail de votre technique et dans certains cas, une chaussure minimaliste peut aider, mais restons prudents.  Un coureur débutant aura avantage à commencer dès ses premières foulées à prendre un moment avec un entraîneur et à se faire bien conseiller lors de l’achat de ses chaussures.

Finalement (et très important), si vous souhaitez faire la transition vers une chaussure plus minimaliste, consultez toujours les spécialistes à votre disposition :

  • Un entraîneur
  • Un spécialiste de la santé sportive (kinésiologue, physiothérapeute)
  • Les spécialistes formés d’une boutique spécialisée en course à pied

Venez nous voir en boutique pour en parler plus et utilisez un plan de transition sécuritaire d’une source réputée (comme ceux de nos amis de La Clinique Du Coureur)

Une meilleure technique avantage le coureur en prévenant les blessures, améliore l’économie de course ainsi que votre vitesse, mais ce n’est pas un changement de chaussure qui va faire tout ça.  Comme on dit chez nous, « La chaussure ne fait pas le coureur! »

 

 

 


4 commentaires


  • Dominic Desloges

    Excellent blogue Audrey merci pour les conseils.


  • Francine Blanchard

    Quel article intéressant!
    Merci et bonne journée!


  • Jacques Monast

    Super instructif. Vraiment l’fun vos blogs, merci !


  • Rock martin

    Super Audrey,bon petit blogue ou gros. Tout depend comment on voie le verre. It’s cute. ne lachez pas. Bonne et belle journee.


Laissez un commentaire